Exposition Paradoxales, au FRAC Poitou-Charentes

Le 29 mars, avec les deux groupes d’EDS Arts plastiques, nous nous sommes rendu à Angoulême en TER pour enfin voir en vrai des oeuvres !

Raymonde Arcier | Fabienne Audéoud | Vava Dudu
Christelle Familiari | Agnès Geoffray | Nadira Husain 
(visuel)
Ingrid Luche | Béatrice Lussol | Zora Mann | Roberta Marrero
Skart | Kristina Solomoukha | Emmanuelle Villard
Agnès Vitani
œuvres de la collection du FRAC Poitou-Charentes 


La plupart des œuvres de cette exposition sont entrées récemment dans la collection du FRAC Poitou-Charentes et y sont exposées pour la première fois.

Broderie, couture, confection, tricot, aquarelle, teinture, collage, perlage, ornement, copie, dactylographie… à en croire l’énoncé des techniques et pratiques dont elles procèdent, elles relèveraient de ce qu’on appelait jadis des « ouvrages de dames ». 
C’est le cas en termes de techniques mais il n’en est rien quant aux formes, iconographies, et intentions.

Paradoxales, ces artistes femmes nourrissent leurs œuvres de l’histoire immémoriale des travaux et loisirs créatifs domestiques féminins, s’inscrivent sciemment dans cette histoire, dans cette culture genrée, pour mieux en dénoncer les assignations par des menées émancipatrices. 

Avec un temps de travail au centre de documentation du FRAC autour de l’axe du programme d’arts plastique : Artiste et Société.

On vous livre quelques textes en image :

« L’oeuvre Der Soldat Ohne Namen de l’artiste Agnès Geoffray questionne la piste de réflexion Art, documents d’archives et devoir de mémoire car l’artiste effectue un devoir mémoriel en remettant à jour des archives oubliées d’artistes engagés dans la résistance pendant la seconde guerre mondiale. En effet l’artiste Claude Cahun et sa compagne écrivaient des poèmes incitant à la réédition ou la désertion des soldats. Avec son installation, Agnès Geoffray Ray interprète et revalorise le travail de ces deux femmes qui ont risqué leur vie. Cette installation est composée de 40 poèmes écrits en allemand , à la machine , sur de petits rectangle de couleur en soie renvoyant à une notion féministe ( à cette époque certains matériaux étaient dit réservé au femmes comme la soie ). L’oeuvre de l’artiste a donc également une dimension féministe car c’est un hommage à ces deux femmes qui malgré leur statut social dans une société sexiste et homophobe, ont continué de délivrer des valeurs d’engagement et de résistance. 

Le travail de Kentridge peut être mise en lien avec notre artiste car de la même manière qu’ Agnès Geoffray, Kentridge témoigne et rend hommage à une période de trouble au quel il n’a pas directement participé : l’apartheid. Et Kentridge est également dans la réinterprétation du travail d’autrui comme avec les femmes au métier à tisser. » Lolie

« Butch Divine réalisé en 2018 par l’artiste espagnole Roberta Marrero, est l’assemblage d’une image
d’une icône populaire (peut-être Boy George) et d’écritures au feutre, le tout agrafé sur les
extrémités.
La première chose qui nous interpelle est le regard provocateur de la personne, celle-ci nous fait un
face à face remettant en question la personne jugée du regard : Butch divine ou, nous,
spectateur ? En effet, la lumière blanche éblouissante, les traits horizontaux grisâtres sur le mur et la
position de la personne nous permet de dire qu’il s’agit d’un mugshot à la suite d’une arrestation de
la police. Une photo destinée à être placardée tel un avis de recherche comme le suggère les agrafes.
Cette personne pourrait avoir été arrêtée pour ce qu’elle représente.
Ensuite, plusieurs indices nous laissent à penser qu’il s’agit d’une femme transgenre. Elle
est maquillée tel une drag queen rappelant fortement les portraits très féminin de Marilyn Monroe
dessinés par Andy Warhol ainsi qu’habillée de cuir et portant une casquette, il s’agit d’un code
vestimentaire beaucoup utilisé dans les années 70/80 pour les personnes queer.
On trouve des inscriptions rajoutées au feutre sur l’image, l’écriture dégoulinante rappelle le graffiti
qui fait partie du street-art, un art populaire. Ces écriteaux sont comme des étiquettes qu’on lui colle
tel : une inversion au genre, du féminisme et du Punk. Puis il est écrit à droite « Combat comme une
lopette », l’emploi de ce terme réducteur fait référence aux homophobes et transphobes qui l’utilisent
à tire larigot. Enfin nous retrouvons écrit sur son t-shirt « Divine hommasse » qui est comme un
oxymore opposant ce qui est du domaine du sacré (-> la religion) et le queer qui sont des visions
majoritairement contradictoires en société.
Ainsi avec une légère mais précise ironie, Roberta Marrero déjoue les préjugés en montrant une
femme, émancipée des pressions sociales et puissante par son courage et sa détermination, se
battant pour ses convictions.

Camille

« Ce qu’on appelle la société de consommation devrait être rebaptisée : société de tentation ». Cette citation a été écrite par Frédéric Beigbeder que nous pouvons raccorder avec l’oeuvre que nous allons étudier, nommée « Shoes Sales » de Fabienne Audéoud en 2013. 

C’est une huile sur toile bleu foncé préparée, qui mesure 158x53cm, de la collection FRAC en Poitou-Charentes. Cette artiste engagée questionne notre rapport au monde du marketing et de la société de consommation. Cette dernière reproduit, sur une toile, la page d’un site de vente en ligne de chaussures de grandes marques à prix réduit. Ce catalogue de chaussures de luxe accompagnées de fortes réductions, donne l’illusion que toutes ses marques onéreuses deviennent accessibles et que toutes les femmes de classes sociales peuvent les porter. En effet, la société de consommation incite la population à consommer de façon abondante. Nous pouvons remarquer que les médias sont, en partie, responsables de la surconsommation et donc source de tentation, malgré le fait que tout le monde n’ait pas les moyens de s’en approprier. 

Nous pouvons lier l’oeuvre « Shoes Sales » à celle de Barbara Kruger « Untitled » qui est dans le programme limitatif. Ces 2 projets questionnent la société de consommation et la pub car dans l’oeuvre « Shoes Sales », il nous est montré que les femmes achètent, ici, des chaussures à n’importe quel prix exposées dans les magazines. Ainsi, « Untitled » de Barbara Kruger évoque les mêmes sujets, elle reprend aussi les codes de la pub et avec le texte elle évoque la société de consommation.  » Léa V et Elise

« Béatrice Cussol est une artiste contemporaine française travaillant à Makkoff. Elle pratique un art engagé grâce à ses œuvres plastiques et littéraires autour de la place de la femme dans la société. Son style peut paraître violent tant par les couleurs vives qu’elle utilise, que par les images représentées notamment dans ses œuvres N°547 et N°533. Dans ses œuvres Béatrice Lussol reprend la technique de l’aquarelle, l’une des rares activités que pouvait exercer les femmes, avant notre société moderne, dans une société majoritairement patriarcale. Par son thème féministe, utiliser une technique définit par les hommes pour les femmes revient à utiliser une technique de droit pour défendre les femmes, et ainsi avoir en quelque sorte le droit de s’exprimer librement.

« Béatrice Cussol est une artiste contemporaine française travaillant à Makkoff. Elle pratique un art engagé grâce à ses œuvres plastiques et littéraires autour de la place de la femme dans la société. Son style peut paraître violent tant par les couleurs vives qu’elle utilise, que par les images représentées notamment dans ses œuvres N°547 et N°533. Dans ses œuvres Béatrice Cussol reprend la technique de l’aquarelle, l’une des rares activités que pouvait exercer les femmes, avant notre société moderne, dans une société majoritairement patriarcale. Par son thème féministe, utiliser une technique définit par les hommes pour les femmes revient à utiliser une technique de droit pour défendre les femmes, et ainsi avoir en quelque sorte le droit de s’exprimer librement.

Dans ses œuvres, N°547 et N°533, la violence est représentée d’une part par des couleurs vives qui agressent le spectateur, d’autre part par des symboles forts. 

Dans l’œuvre N°547, une femme en colère peinte en vert est représentée, celle-ci peut se rapprocher de l’Alter ego du super héro Hulk qui symbolise la violence. De plus, ses habits déchirés amplifient cette idée. Autour de ses points il y a des pics de couleurs rouge/rosé qui rappelle les symboles de violence dans les bandes dessinées. Un arc-en-ciel relie deux chiens qui semblent s’embrasser. Ces deux derniers sont représentés de la même couleur, rose, que l’on peut rapprocher à la représentation stéréotypée du sexe féminin, et l’arc-en-ciel, qui est le drapeau des LGBT, peut appuyer l’idée de cet amour entre le même sexe. Cependant, l’arc-en-ciel saigne, et peut de ce fait représenter ce que la société inflige à cet amour que certains considèrent impure. L’artiste montre ainsi une partie de son engagement contre ces violences.

Dans l’œuvre N°533, le visage d’une femme est défiguré par un quadrillage, ce qui peut symboliser la douleur suite à la violence ou la pénibilité de l’accouchement qu’elle vient d’accomplir. La violence se marque également dans cette œuvre à travers une représentation monstrueuse de la mise au monde. En effet l’apparence bestiale de l’enfant met la mère dans une position de monstre pour avoir enfanter ce bébé, lui aussi pouvant être défini comme un monstre. La couleur rouge sang appuie cette idée de scène d’horreur.

Ainsi, l’artiste Béatrice Cussol montre son engagement artistique envers la société.

A la manière de Claude Monet, Béatrice Lussol accorde une importance aux couleurs qu’elle utilise afin d’attirer le regard du spectateur et ainsi transmettre un ou plusieurs messages. Ceux-ci sont, comme pour Barbara Kruger, le centre de son œuvre. Il est cependant plus implicite que chez cette dernière. » Emma D et Camille C

« Béatrice Cussol, à travers son œuvre « n°553 », semble nous montrer une nouvelle
représentation de la femme non soumise aux règles qui lui sont assignées.
Cette femme au centre est mise en avant par sa couleur de peau verte qui permet d’entrer en
opposition avec les couleurs plus douces tel que le rose ou le rouge en arrière-plan. De plus son
expression du visage, principalement ses sourcils foncés et plissés traduisent ses émotions. Elle
semble vouloir se libérer de la société et du rôle que les femmes doivent suivre grâce aux pattes
de chien qui peuvent symboliser des barreaux dont elle voudrait s’échapper. En outre, sa robe
déchirée et ses poings serrés montrent la violence de l’acte et expriment sa fureur.
La femme s’apparente à une sorcière, une guerrière en colère, ce qui permet de casser les codes
des stéréotypes féminins. Elle n’est plus réduite au stade d’objet.
L’utilisation de l’aquarelle était autrefois employée seulement par les femmes donc sur ce tableau,
elle représente ces stéréotypes et est utilisée pour représenter une femme repoussante et
déterminée.
Cette œuvre de Béatrice Cussol est liée à l’œuvre de Barbara kruger et celle de Claude Monet car
c’est une peinture engagée et réalisée à partir des émotions ». Ilona et Charlène

« Monde industriel, clivages économique, rentabilité, productivité

L’artiste Kristina Solomoukha va critiquer dans cette œuvre la perception de l’espace et du territoire, ainsi que que le clivage économique. Pour dénoncer l’économie et la rentabilité résultant du capitalisme par la représentation de paysages. Elle révèle des signes architecturaux, urbanistiques, médiatiques et domestiques, ce qui s’inscrit plutôt dans un monde industriel et industrialisé, et qui s’exprime par l’apparition du machinisme et des communications, par exemple des lignes de communication, usines, etc…

Elle donne à voir un mélange entre tradition par sa pratique récurrente de la broderie et le monde contemporain, par la représentation d’une ville moderne et actuelle. De plus dans ses œuvres sont régulièrement représentés des pylônes, lignes de tensions, phares, paysages suburbains, … Ce qui fait référence au monde industriel, à la productivité et à l’économie par la mise en scène de voiture, trafic routiers ou encore d’usines qui montrent par exemple une certaine exploitation économique. Elle met en avant la féminité par l’utilisation de la broderie, qui était il y a longtemps une pratique essentiellement réservée aux femmes.

On pourrait mettre son œuvre paysage 1 et paysage 2 en lien avec les œuvres de Barbara Kruger pour ses démarches et intentions engagés. » Jade et Maïwenn

« Nadira Husain est une artiste indienne engagée. Son but est de démolir la construction patriarcale de l’image du corps de la femme-objet qui est passive du regard et du désir masculin. Par l’hybridation du corps elle crée des créatures fantasmagoriques qui semblent sorties d’une autre dimension. On sent clairement qu’il y a des influences orientales dans son travail “Performative Body” (Red) qui peut faire référence à Shiva, dieu hindou à plusieurs bras. Ce corps souple et élastique avec cette multitude
de bras et de jambes sont là pour nous aider à lutter contre les épreuves du patriarcat, du racisme, de l’impérialisme, du capitalisme…
Olympe de Gouges, pionnière du féminisme, est ici mise en référence par l’artiste.
La femme représentée fume (un des premiers droit de la femme, montre son émancipation) et elle à une posture que les machistes pourraient appeler “non féminine”, les jambes écartées on peut
penser qu’elle représente aussi une sexualité que la femme à su acquérir.
C’est aussi une puissante allégorie du mouvement #metoo qui est un mouvement social encourageant la prise de parole des femmes sur leurs agressions sexuelles et donc la libération.
Nous pouvons ici établir un lien avec Barbara Kruger qui est une artiste engagée féministe. Elle utilise les mots, très présents dans son œuvre. Ses écritures sont souvent blanches sur rouge,
dans Performative Body les écritures sont rouges sur blanches, les couleurs sont
relativement similaires. Ici le lien se crée car il y a une volonté de toucher et de sensibiliser à une
cause comme par exemple le féminisme ».

Jeanne et
Lea B